mardi 20 octobre 2009

[Chroniques de l'air du temps] - Thème de société - Ch. 4 - La tyrannie de l'émotion ... (edit)

Roulez jeunesse, Roulez en décapotable, ou encore mieux la tête en plein vent sortie par le toit ouvrant. Quelle société mes enfants ? Une société dirigée par la tyrannie de l'émotion. Pour exister il faut ressentir, vite et bien. Roulez à 200, pour se prendre les émotions en plein dans le buffet, ou plutôt en pleine tête, et pourquoi pas filez vers l'overdose émotionnelle. Rien de grave, le cœur n'y participera pas, tout se passe devant, à fond, tout dans la caboche et rien dans le battant.

L'émotion est devenue l'opium du peuple. Tout passe par des sucreries qui n'ont rien de bon pour le corps.

Les sites de rencontres, trouver, séduire, baiser et se tirer. Trouver, séduire, baiser et se tirer, encore et encore. Comme disait le grand Bukowski, trainer de lit en lit pour essayer de se trouver. Ou tout du moins avoir la satisfaction de se trouver dans les yeux des autres. Et ressentir au plus vite. Tous ces téléphones portables, être sans arrêt en contact avec les gens, pour se parler, communiquer se shooter aux conversations des autres, parler de tout et surtout de rien. Mais ressentir avant tout. Tout est maintenant à portée de main, ou presque. Tout est devenu instantané, prêt à être ressenti ... Au plus vite. Les gens se comportent tous comme des enfants gâtés, les bras tendus vers le rayon de jouet : "Je veux ça, je veux ça, je veux ça".

On est devenu une sacrée société de jouisseurs, qui se balladent dans un supermarché avec des produits prêts à être ressenti. Vite fait, mal fait, on passe à autre chose. Des produits avec une date de péremption immédiate. Carburez à l'émotion les jeunes, prenez un peu de chaque chose, et passez rapidement à autre chose. Regardez les infos, pleurez, indignez-vous, rigolez, et passer à autre chose.

Roulez à 300, encore plus vite, droit devant la tête dehors, prenez le vent, suivez le vent. Qui est dans la voiture ? Le cœur qui s'endurcit, les gens autour qu'on perd dans cette quête du plaisir rapide, de l'émotion.

Ne vous attachez plus, jeunes gens, si plus rien ne vous tient à cœur, ayez au moins la décence de garder tout pour vous. Cette société vous tient pour rois et reines. Elle vous tient en l'air, elle vous tient en vie à bout de bras. Encore plus d'émotions. Toujours et encore. On a transformé ce qui faisait de nous des évolués, en marchandises périssables. Les gens, les rencontres, les émotions ou encore l'amour, tout est devenu périssable, car il faut engloutir de l'émotion, passer au plus vite au suivant ou à la suivante.

Courage si tu vas à ton rythme, si tu t'attaches à bien faire et que tu y passe du temps. Il y aura peut-être une place pour toi dans la salle. Au fond, dans le noir. Au moins on y fera au mieux pour le cœur.
Courage, si tu te bats, courage si tu marche à l'allure de ton intégrité, que tu prends le temps de regarder, toutes ces petites choses, ces gens autour.
Pour ne pas se perdre. Pour ne pas diluer ce qui fait de nous des hommes dans ce tsunami émotif il faut être courageux.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Noir, mais vrai... Et la vérité, c'est ce qui compte, non ? Tu écris très bien mon Pete, et ta sensibilité est probablement ce qui te fait apprécier le monde et te donne tout de même la capacité d'en voir les travers... Le bon mélange pour avancer tout en rêvant...
Mo' - lucide, aussi...

Que d'Espoir ! a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Il y a quelques mois j'avais lu les autres articles du thème, mais pas celui-ci.

Comment dire... Effectivement je crois savoir ou trouver cette place dans le noir... C'est exactement ce que je pensais quand je parlais de la notion de se battre, d'essayer, d'aller de l'avant... Que la vie en mode kleenex n'est pas mon état d'esprit, et que je ne comprends définitivement pas ceux qui abandonnent à la 1ère galère venue. Ou qui jettent leurs amis, leurs amours (et leurs emmerdes ?) dès qu'ils ont eu ce qu'ils voulaient...

Pas besoin de m'étendre sur le sujet, une grosse partie est dite dans cet article. Très bon article, à continuer aussi sur d'autres sujets :-)

Caro