samedi 29 mai 2010

[Chroniques de l'air du temps] - Thème de société - Communication Breakdown ...

Un voile pour certains, des murs pour d'autres, et bien autre chose pour le reste.

Quels changements pour cette société de droits ? Plus aucun. Les gens ont tant réclamés, tant demandés, qu'ils ont été comblés au plus haut point. Cette prière du progrès technologique a été écoutée et exaucée. Et encore une fois tout comme le capitalisme devait nous libérer et aider au progrès social, le progrès technologique n'a fait que nous isoler et dégrader nos relations. Nous laissant seuls et aliénés. Prisonniers d'images, de musique, de messages et d'un contact permanent.

On a claironné que tout le monde avait le droit au progrès technologique, que tout le monde y compris les plus démunis, avaient le droit à ces téléphones 3G+ avec Internet en très haut débit partout, tout le temps. Le miracle de cette communication permanente sensée rétablir le lien perdu entre les gens. Entre tous ces inconnus dans la rue qui ne se parlaient plus. Pourtant, alors que nous rêvions tous de construire des ponts et des portes, on n'a pas cessé de construire de murs. Toute cette communication à outrance à bien construit des portes. Des putains de portes blindées fermées à triple tour. Pourquoi a t-on cru à ce miracle, alors même que la religion a échoué ?

On parle de ce voile qui interrompt toute forme de communication par le regard. Ce voile qui coupe l'être de la société dans laquelle il vit. Cette complicité occidentale, qui se traduit par un regard futile, un sourire en coin, un contact. C'est surement ce qui me gêne le plus dans le voile. Qu'une infime part d'islamistes pensent qu'on va leur « voler » leur femme rien qu'en la regardant. Que leur femme va susciter le désir le plus terrible à cause d'un regard. Un simple croisement de regard. Se couvrir face à son dieu est devenu se couvrir pour ne pas susciter le désir chez les autres hommes et ne plus communiquer avec les autres à part son mari ... D'autres formes de séparation sont apparues.

On parle de murailles que l'on construit dans le désert pour séparer des hommes. Imaginez ces hommes du futur, qui étudieront notre histoire. Qu'une histoire de science-fiction puisse à ce point séparer des êtres d'une même race. On se bat pour des futilités divines. Il existe surement un créateur, il existe surement quelque chose de bien plus supérieur que nous. Et cette chose, se contrefout bien de savoir si elle s'appelle Allah, Jéhovah ou Yahvé. L'homme à créer un dieu à son image. Un dieu qui se débat des mêmes problèmes que les hommes. Vraiment ? La véritable question, c'est surement de se demander si cette entité divine se pose des questions d'hommes ? Et la réponse, c'est probablement que non. La justice de Dieu est à ce point différente de la justice de l'homme. Cette religion créée pour l'amour de l'autre s'est transformée en religion pour l'amour de presque tous les autres, sauf ceux qui ne croient pas au même dieu. Dangereuse comparaison avec cette technologie, mais là aussi la technologie, ce n'est pas on va tous rapprocher, c'est aussi et surtout, non, on va se rapprocher que d'un tout petit nombre.

Pour en revenir à nos histoires de lien humain, là où la religion a lamentablement échoué, on s'est dit, « on » comme la société entière, que la technologie allait réussir cette noble tâche que de nous rapprocher.

Voyez le résultat.

J'ai jamais demandé à ce que les gens se rendent disponibles ou encore que les inconnus se parlent, mais on en est arrivé au point où tout le monde vit dans sa bulle. Les yeux rivés à son portable, et les oreilles collées à son « namour » qui appelle juste pour savoir comment ça va et pour dire qu'il pensait bien à nous. Avons-nous réellement besoin de ça ? Et bien au delà, est-ce que nous nous sommes rendus compte à quel point nous nous sommes éloignées les uns des autres ? Tout ça étant en communication constante avec les gens qui ne sont même pas avec nous. Ce qui fait notre civilisation c'est un même lieu et des gens. Nous avons abolis ces lieux et avons gardé les gens.

Je suis un adepte du mystère humain, de l'éloignement, et de cette beauté de retrouver la personne que l'on aime le soir ou même deux ou trois jours après. Parce qu'on a vraiment besoin selon moi de construire notre univers. Sans être « interrompu » toute les 5 minutes par un texto ou « baby namour » qui appelle pour rien. Ce téléphone portable, extension de notre cerveau est une entrave à notre construction. Ce droit a la construction, c'est une liberté première. Se retrouver avec soi-même, faire le point et le tour de ce que l'on est. Le tout sans que personne ne sache ou ne connaisse les tourments, les feux et les espoirs qui nous animent secrètement. Les gens ne font qu'éparpiller leur monde intérieur à la vue de tous. Tout ça se dilue dans un bouillon d'indécence et de voyeurisme. Le pire c'est que c'est devenu pour toute une génération, une véritable drogue.

Cette addiction du téléphone portable est une vraie plaie pour notre vie sociale. Entre les conversations à haute-voix dans le métro, et l'exposition de choses qui ne nous concernent pas, et ce regard de zombie qu'on les gens quand ils trifouillent leur mobile, on perd quelque chose. Cette chose essentielle qui fait de nous des êtres communicants, cherchant le regard et la présence des gens qui sont au même endroit que nous. Le téléphone portable a tué cette faculté vitale. Alors on se résigne à côtoyer cette génération de branchés du portable qui n'a jamais connu la joie d'un appel le soir, sur le téléphone fixe de la maison. La joie de rentrer pour retrouver cette personne à qui on n'a pas parler depuis un certain temps. Le téléphone a tué le manque de l'autre. Par petite dose les gens s'immunisent contre le manque. Peu à peu les gens développent une communication permanente avec l'autre. On ne se manque plus, chacun sait ce que fait l'autre à n'importe quel moment, chacun peut se parler quand il veut. Une pause café, une pause repas, un instant de répit, et hop on sort son portable pour prendre des nouvelles de l'autre ...

Et tout ça n'est qu'une observation, un simple constat. Rien d'extrême, juste cette société qui se déroule sous nos yeux. Le concept du "Seul, ensemble".

Le progrès technologique nous a été vendu comme le grand miracle de notre époque, rapprochant les hommes. Au final, quand on se penche dans le détail, on s'est rendu compte que le progrès technologique avait d'abord scié notre langage, le rendant télégraphique (langage SMS), et nous avait plus aliéné qu'autre chose. Nous avons créé une génération de dépendants technologique. D'entendre ces gens qui gémissent de ne pas s'être connecter à leur facebook ou leur twitter pendant plus d'une journée c'est aberrant. Avons-nous imaginé dans les années 80 et 90 que cette société de communication allait engloutir nos âmes en nous privant de toute vie intérieur ? Certainement pas. Comme pour tout c'est l'addiction qui rend la technologie coupable. Tout comme le capitalisme qui devait aider au progrès social, en redistribuant les richesses est devenu une calamité mondiale parce que certains sont devenus accrocs à l'argent. Parce que certains se sont vautrés dans tout cet argent en le gardant.

Je disais il y'a quelques années, qu'Internet allait nous tuer. Ça commence d'abord par l'importance de la futilité, de ce flot incessant de conneries qui occupent 95% de l'espace virtuel. Ensuite, cela continue avec l'appauvrissement de notre culture globale. Enfin, nous crèverons d'être seuls ensemble. Les humains que nous sommes ont besoin de regards, de sourires et de se parler, en un lieu commun.

A l'aube de l'humanité, il y'avaient des hommes autour d'un feu dans une caverne ...

1 commentaire:

François SENGLAT a dit…

Merci pour ces mots sur ce malaise bien urbain qui touche nos vies à tous.
Je le ressentais, évidemment, mais grâce à ce texte, j'ai donné un nom à mon propre malaise, que je vais essayer de transformer en combat du quotidien.
Signé: Franz, un geek qui réfléchi (aussi)