mardi 18 janvier 2011

MQB aka Machine qui Blogue - FAMICOM et NES, les fausses soeurs jumelles !

[article édité le 26 novembre 2011]


Que vous êtes gâtés, encore un article aujourd'hui. C'est Noël avant l'heure ou bien ? Ou bien, je suis généreux, admirable, exceptionnel et surtout que vous le méritez (si vous avez été sages). Un peu plus bas, nous parlions des deux versions de la console phare des années 80, la FAMICOM ou NES. Un peu plus de précisions, parce que mine de rien, quand on parle de la Famicom, les gens ont du mal à faire le lien avec la NES de leurs souvenirs ludiques.


Petit résumé de l'épisode précédent :


 A gauche : la FAMICOM, à droite la très stricte NES.


 Vous avez donc appris chers lecteurs, que la console a vu le jour en 1983 au japon. Elle s'appelle FAMICOM diminutif de "Family Computer". Nintendo pense à juste raison que la console dans sa version japonaise fait un peu jouet et qu'elle risque de moins bien se vendre en l'état en occident. L'histoire du crack vidéo ludique involontairement orchestré par Atari et toute une cohorte d'éditeurs, est encore bien présent dans les mémoires. Il faut alors repositionner la console et l'éloigner le plus possible du secteur jouet auquel était attaché la VCS2600 d'Atari. Du coup, la console se transforme. Elle devient la NES, un bloc gris assez sobre dont le design rappelle celui d'un ordinateur. Nintendo of America cherche a rendre sa console plus sérieuse, plus solennelle. A cette époque l'informatique devient omniprésente aux États-Unis, et se démocratise. Rapprocher la NES de cette idée finira de rassurer les indécis. Comme vous le constatez, si les deux consoles sont les mêmes, leur design est très différent. Côté nippon on retrouve, la Famicom avec son côté plus ludique, ses formes évoquant celle d'un vaisseau spatial. De l'autre côté de l'océan, le design est plus carré et plus institutionnel.


D'ailleurs l'acronyme N.E.S. (Nintendo Entertainement System) est au centre d'une stratégie payante. Pour être sûr de bien vendre la console aux Etats-Unis puis en Europe, les japonais mettent au point R.O.B. (Robot Operating Buddy) le robot et le Zapper pour créer véritablement un système entier d'amusement. D'où vous l'aurez compris l'invention du concept NES. Nintendo Japon, pense à juste titre que les occidentaux seront dans un premier temps séduits par le hardware (le robot et le pistolet opto-électrique). Encore une fois Nintendo a trouvé la bonne idée, puisqu'après s'être lassés (assez vite) du robot et du Zapper, les jeunes américains et européens se ruent sur les jeux. Et vous le savez, c'est sur les jeux que Nintendo gagne le plus d'argent. CQFD.


Toutes ces explications pour justifier une différence flagrante en terme de design entre la FAMICOM et la NES. Deux philosophies différentes pour servir la même cause. Continuons maintenant en détaillant les différences entre les deux versions de la console.


Les cartouches et le système de loading :


A gauche Super Mario Bros. 3 en version Famicom, côté droit le même jeu, version NES.

Au japon, comme vous le constatez sur la photo, les cartouches sont beaucoup plus petites. Elles sont souvent faites avec des plastiques de couleurs différentes. Certains éditeurs comme NAMCOT font même fabriquer des cartouches qui ont des formes différentes du "standard" Nintendo. Les cartouches japonaises ont deux étiquettes. Une devant présentant souvent de très belles illustrations et une derrière avec les précautions de sécurité et une notice rapide pour prendre soin de ses jeux. Le système de chargement de la cartouche est du type "Top Loading". A l'instar de la Super Nintendo que nous connaissons mieux, les cartouches s'enfichent (elles en ont rien à faire ??) par le dessus. Cette méthode est beaucoup moins sujette aux problèmes de faux contacts qu'ont connu les joueurs occidentaux. De plus un bouton permet d'éjecter les cartouches déjà introduites. Ce petit ajout est une idée de Gunpei Yokoi pour rendre l'utilisation de la console un peu plus ludique. Vous noterez enfin que les cartouches japonaises ne sont pas compatibles avec les consoles NES et vice-versa (Et vice-versaaaaa - Tranxen 200).

Aux U.S. et Europe, les joueurs que nous sommes se souviennent de la forme si particulières des cartouches NES. Elles sont assez grandes, pour prouver au joueurs que dans les cartouches il y'a une technologie de pointe qui prend énormément de place. Tout ça n'est qu'une astuce marketing, parce que les cartouches sont quasiment vides. Le chipset contenant les EPROMS du jeu ne prend que très peu de place. Vu le prix des jeux à l'époque, Nintendo of America a cru bon de faire croire aux acheteurs que comme les cartouches étaient grosses, c'était qu'elles étaient bien remplies. Histoire d'appuyer sur l'argument commercial "c'est gros, donc ça coûte cher" (un peu comme dans la rue Joubert). Point de vue couleur, à part les cartouches spéciales comme celles de Zelda 1 et 2 qui sont dorées, on a le droit au gris réglementaire. Histoire de ne pas dépareiller avec la robe classique de la NES. Côté illustrations, là aussi, c'est assez sobre. On a le droit à des illustrations avec un effet pixelisé pour la plupart des jeux Nintendo. Même si plus tard, des illustrations plus travaillées prennent place, on est très loin du style dessin animé manga des jeux japonais. Mais il y'a plus grave.
Le plus dramatique avec la NES, c'est le système de chargement des cartouches. Imitant les magnétoscopes VHS (appareil en plein boum dans les années 80), on ouvre une trappe sur le devant de la console, on pousse la cartouche au fond de la console, puis on clique la cartouche vers le bas afin de refermer la petite trappe de la console. On appuie alors sur le bouton POWER, et c'est parti pour des heures de plaisirs vidéoludiques. Si dans les premières années de la console, le système fragile ne pose pas trop de problèmes, au fil des ans, les faux contacts apparaissent. Le syndrome de la led power qui clignote et de l'écran qui n'affiche que du gris devient alors légendaire. Au point que des sites retro y consacre des dossiers entiers. Des solutions fantaisistes deviennent alors le seul moyen des possesseurs de NES de s'adonner à leur vice. Empiler 2 cartouches de jeux pour bien faire contact. Et solution radicale, démonter la console pour redresser les contacts du connecteur interne. Le soucis c'est justement ce fameux connecteur présent dans la console. A force d'être sollicités, ils restent en position basse, et les jeux passent une fois sur deux. D'ailleurs ce type de pannes récurrentes n'ont pas disparues de la face du monde et font figure de running gag quand on pense à la Playstation 1 qu'il fallait mettre à l'envers pour lire les jeux suite à l'usure de la lentille. Ou encore plus près de nous, le fameux ROD ("Ring Of Death") de la Xbox 360. Comme quoi être retro chez Sony ou Microsoft, c'est aussi assumer et cultiver un certain esprit de la loose (copyright "les bras-cassés de chez PC City"). Ceci conclut ce petit chapitre sur la comparaison des cartouches de jeux, passons maintenant au différence de connectiques vidéo.

Le branchement vidéo :

Peu de différences apparaissent entre le Japon et le continent américain. La première version de la console sortie en 83 avait une simple sortie Antenne (il faudra attendre la Famicom AV sortie en 93 pour avoir un branchement composite plus aisé). On branche la console à un switch RF, puis on cherche le canal sur lequel la console émet image et son. Tout comme la VCS 2600 d'atari que nous avons connu sous nos latitudes. C'est ce qui fait la difficulté de connecter la console de nos jours sur nos téléviseurs européens, car le signal est en RF / NTSC et peu de télés en France acceptent ce standard. Mais cette méthode de raccordement était très en vogue à l'époque car peu coûteuse pour les fabricants et adaptée au parc de téléviseurs qui ne comportaient pour la plupart qu'une entrée RF antenne. Du coté de la NES américaine, on hérite du même système de connexion avec plus tard un léger mieux puisque qu'une sortie vidéo composite et son mono format RCA font leur apparition. De manière générale l’Europe suit ce modèle. Mais une région d'irréductibles gaulois ne voulait pas faire les choses comme tout le monde.

Niveau connectique vidéo, la différence se fait en France où la console se branchait via la prise Peritel. Système plus simple à mettre en œuvre par les plus jeunes. On branche, on allume la console et la télé switche automatiquement sur la canal AV. En terme de qualité vidéo, c'est mieux que l'entrée antenne RF. Mais à l'époque l'image de la NES est à juste titre qualifiée de baveuse (un peu comme les recettes de la mère Poulard). L'explication est assez simple mais aussi très étrange. La NES ne produit pas de signal vidéo RGB exploitable pour un branchement TV en direct. Du RGB la console en produit bien en interne, c'est même la norme native de toute image numérique, mais à la sortie du chipset vidéo on retrouve du composite exploitable (toutes les infos de l'image, chrominance et luminance sur un seul contact). Le son sortant séparément en mono.


D'après des recherches personnelles, j'ai appris que la NES française était équipée d'un chipset SONY CXAV7021 qui convertissait le composite en signal RGB.  Dans les faits, on prend le signal composite en sortie de PPU (chipset vidéo de la NES / Famicom) on le dirige d'un côté pour créer une synchro RGB et ensuite on sépare les trois composantes couleurs (Rouge/Vert/Bleu). Le problème c'est que suite à cette conversion, le signal en sortie est de mauvaise qualité car parasité. Pour rappel, on part d'un signal superposé et encodé (le composite) pour aboutir à un signal non-encodé et non-superposé puisqu'on sépare les composantes. Le signal RGB de nos NES françaises dont on était si fiers est en fait très en dessous de ce que l'on peut attendre d'un signal RGB standard. Toutefois, ce type de sortie vidéo était très enviée par la majorité de nos voisins européens car leur console était aussi en RF (branchement antenne). Plus tard, belges et suisses ont hérité de consoles avec une sortie AV composite. 


En somme, on notera le côté pratique de la sortie Peritel dont on a bénéficié en France. Facile d'emploi, pas de canal à rechercher ou même de changement de chaîne, dès l'allumage de la console le jeu s'affiche sur la télé comme par magie (merci la commutation lente).  L'idéal pour une console destinée aux plus jeunes donc. On déplorera toutefois la qualité douteuse de ce RGB pour des raisons techniques.


Après ces considérations vidéo, il est temps de parler de ces fameuses manettes qui ont maltraité nos petites mains.

Les manettes de jeu :

Issu des "Game and Watch" crées par Gunpei YOKOI, le design des manettes Famicom et NES est basé sur l'intégration de la croix directionnelle. Au niveau des boutons, quelques légères différences. On retrouve deux boutons d'action "A" et "B" disposés de droite à gauche. Chose logique quand on sait que les japonais lisent très souvent de droite à gauche. Cette configuration est reprise telle quelle sur les pads NES. Chose moins évidente pour un occidental. Côté japonais, la manette 1 est pourvues des deux boutons "Start" et "Select", tandis que la manette 2 en est dépourvue au profit d'un micro, mais nous en parlons un peu plus bas.


La manette II de la famicom et son micro incorporé (!)


Les manettes japonaises sont rouges avec une décoration dorée. Elles sont raccordées directement à la console sans prise. Pour économiser sur les coûts de fabrication, elles étaient raccordées directement dans la console sur la carte mère de la famicom. Le câble reliant le pad à la console est ridiculement court, environ 80cm. Toujours une histoire d'économie. Cette longueur de câble a mine de rien influencer la manière de jouer des japonais. Alors qu'on a l'habitude de laisser les appareils vidéo sous la télé (magnétoscope, ampli audio, ...), la Famicom vient prendre sa place près du joueur. Le lien entre le joueur et sa console est alors plus marqué. Du coup les japonais gardent leur console près d'eux car le câble reliant la console au téléviseur est lui beaucoup plus long, environ trois mètres. De plus, en reprenant l'argument économique, un câble RF coûte moins cher qu'un câble reliant la manette à la console plus complet. Pour l’anecdote, sachez aussi que les manettes des premières Famicom avaient des boutons d'action (A et B) carrés. Le service après-vente débordé par des appels signalant que les boutons carrés restaient souvent coincés dans la manette (à cause des coins), fit remonter l'info au siège qui fit modifier de suite la forme des boutons. Déjà à l'époque la firme de Kyoto faisait preuve d'une grande attention quant à la qualité de leur produits. Cette réputation a été un des arguments commercial majeur pour asseoir la notoriété de la marque dans son pays. 


Sachez aussi, que la deuxième manette de la Famicom sortie en 83, est particulièrement unique. Elle est équipée d'un micro avec bouton de volume. Vous avez bien lu. Certains jeux proposaient des astuces utilisant le micro. Une session entière de karaoké dans le jeu Takeshi no Chōsenjō*. Souvenez-vous, dans The Legend of Zelda d'un monstre dans le désert qui était plus vulnérable si on trouvait la flute magique (à ne pas confondre avec une autre flûte). Les japonais avait aussi la possibilité de crier dans le micro de la manette 2, pour produire le même effet que la flûte et faire rapetisser le monstre en question. Enfin dans Kid Icarus, (Parthena No Kagami au Japon) en rentrant dans certaines boutiques pour acheter des potions, si les prix étaient trop élevés, vous pouviez crier dans le micro pour que les marchands revoient le prix de leur marchandise à la baisse (!). Étant quand même sous-exploité et aussi de mauvaise qualité, le micro disparu des manettes NES.


La célèbre manette carrée de la NES qui a martyrisé nos doigts boudinés.

Au États-Unis et en Europe, la longueur des câbles des manettes autorise les joueurs à laisser la console près de la télévision, comme tout appareil audio-vidéo qui se respecte. De plus, les manettes sont branchés à la console grâce à des prises propriétaires.


Le branchement propriétaire permettant de relier les manettes à la console (prise identique sur la Famicom AV de 93).


Les manettes deviennent plus "carré". Elle héritent aussi des couleurs sobres de la NES, c'est à dire le gris et le noir. Les boutons d'action de couleur noire sur les manettes japonaises deviennent alors rouge vif. Comme nous l'avons vu plus haut, la sérigraphie et la disposition des boutons "A" et "B" restent identiques sur les deux versions de la manette. Et c'est sur la description de la glorieuse manette NES que nous passerons à la conclusion de notre article (car oui, maintenant, c'est aussi un peu le vôtre).


... Dorénavant vous en savez un peu plus sur les différences entre FAMICOM et NES. N'oubliez donc pas de toujours mentionner la Famicom quand vous parlez de la NES et inversement. Maintenant que vous connaissez leurs différences, vous pourrez frimer dans les soirées belles-assiettes, et épater tatie Jeanine qui fera semblant de s’intéresser à votre discours grandiloquent. Pour éviter de vous décevoir tout de suite, rares sont les personnes du sexe opposé qui pourraient vous accorder des faveurs de nature sexuelle à l'écoute d'une telle diatribe. Vous voilà prévenus, je sais la vie est injuste.
Toutefois, il n'est pas exclu que vous augmenterez vos chances de copulation en vous jetant sur l'excellent Tome 3 de l'histoire de Nintendo dédié à la NES / Famicom écrit par le sémillant Florent Gorges. Résultats non garantis, mais au moins vous en sortirez tout culturé !

A bientôt jeunes étudiants des temps modernes, il est temps d'aller dormir.

See you soon, younglings !


Si vous voulez aller plus loin dans l'exploration de la NES avec notamment l'ajout d'une sortie vidéo composite (sans transformation en RGB et dégradation du signal) et de la stéréo, je vous conseille cet article de mon blog.


*sorti uniquement au Japon, ce jeu fait parti du panthéon des "Kuso-game" littéralement "jeux de merde". Réputé infinissable, ce jeu a été co-créé par Takeshi KITANO qui voulait en faire une sorte d'anti-jeu.

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