mardi 18 janvier 2011

MQB aka Machine qui Blogue - Ma rencontre avec Kojima et Shinkawa et aussi Metal Gear Solid.

Il est des jours qui commencent comme d'autres, qui s'annoncent des plus communs, puis à la faveur de quelques informations, vous apprenez que l'une de vos idoles va participer à une rencontre / dédicace. Vous approfondissez encore un peu, vous élaborez une stratégie, de quoi obtenir dans mon cas une invitation pour rencontrer Hideo KOJIMA. Deux heures vingt d'attente plus tard, enfin, le carton magique est entre mes doigts fébriles. Comme un gamin à Noël qui a eu le cadeau longtemps espéré, vous vous imaginez deux jours plus tard face à l'une des célébrités qui compte le plus dans votre culture. Dans mon cas, au côté de Shigeru MIYAMOTO se tient Hideo KOJIMA, créateur de la série des Metal Gear.

Concernant Kojima, il y'a eu un avant et un après Metal Gear Solid, le retour de Solid Snake, héros charismatique s'il en est, tout en 3D sur la console Playstation de Sony. Avant c'était cette obligation de faire ses preuves avec un grand jeu. Son grand jeu. Après, c'est cette sur-médiatisation qui rend tous les choix critiques. Des décisions qui auparavant n'affectaient que lui-même, et qui maintenant affectent aussi tout un public qui exige de lui le meilleur (Quel meilleur ? C'est une autre question ...).

De mon côté, c'est un parcours vidéo ludique plus humble de joueur pionnier. Après la VCS 2600, la Gameboy, la NES, la PC Engine, la Megadrive, j'avais suivi de très près la Super Nintendo qui nous a gratifié d'une carrière exemplaire. Puis les consoles 32 bits gérant l'affichage 3D temps réel ont frappé à la porte du marché du jeu vidéo. Ces nouvelles machines, bien trop chères pour mon budget d'étudiant, j'ai bon gré mal gré, passé mon chemin, et je me suis éloigné du monde des jeux vidéo. C'est une autre passion qui est venue remplir mes longues soirées, la guitare électrique. A ce moment, j'avais 20 ans et je voulais devenir une star !!

Je ne regretterai jamais ce choix car les jeux proposés par Sony notamment, ont quelque peu trahi la vision du jeu vidéo que j'avais alors. Des jeux, plus faciles, rarement de bonne qualité ont peu à peu envahi le marché. Des jeux à grand spectacle et aussi plus beaux attirant aussi plus de monde et amenant une démocratisation du média que j'ai mal vécu. Réaction de joueur pionnier, j'ai eu du mal à faire le deuil d'une époque où quelques élus en dépit des moqueries touchaient au Saint-Graal des loisirs. Quelle joie de confier à son meilleur ami, qu'on avait fini Super Mario World à 95% et d'essayer d'égaliser son score à 97%. Trouver cette fichue sortie cachée. Retourner le jeu de fond en comble pour grappiller les quelques p. cent manquants. Cette époque était révolue. Maintenant on s'amusait avec des jeux 3D qui essayaient d'être de plus en plus réalistes tout en oubliant la profondeur des jeux de l'âge d'or. A croire que trop de technique a noyé le savoir faire ancestral des génies des années 80. Shigeru Miyamoto évoque même une créativité accrue due aux limites imposées par la Famicom / NES (in "Family Computer 1983 - 2003" ISBN4872338030).

Puis à 24 ans, j'ai croisé la route d'un jeu hors-du-commun. J'ai raconté cette légende maintes fois :
- "Je me souviens de cette fin d’année 2000, je venais de quitter l’un des meilleurs boulots de ma courte vie professionnelle, j’avais quitté ma petite amie, et par-dessus tout, il faisait un temps de chien dehors. Cet après midi particulière, je suis passé chez mon meilleur ami, histoire de discuter devant une de ses consoles branchée en permanence et qui nourrissait la télé d’images toutes plus flashantes et colorées les unes que les autres. Cette TV qui reflétait une passion que je croyais morte depuis quelques années, ma passion des jeux vidéo. Comme je m'en suis aperçu par la suite, c’est le genre de passion qui ne meurt jamais. Disons que votre conscience sociale l’enterre profondément en vous pour éviter de passer pour un attardé mental dans le monde professionnel et auprès d’une fille que vous aimez.
Mais en ce jour particulier, dénué de toute espérance de devenir un être comme les autres, formaté et docile, l’enfant qui est en vous se réveille et crie : « Pourquoi refuse-tu de jouer, tu as joué tant d'années à tout un tas de jeux vidéo, pourquoi devrais-tu t’arrêter maintenant que tu te crois adulte ? »
A quoi bon lutter contre de vieilles lubies ? Mon pote me parla d’un jeu qu’il venait d’acheter et qu’il avait commencé depuis quelques jours. Sans un autre mot, il alluma sa console, mis le disque noir caractéristique de la PlayStation première du nom, referma le tiroir. L’écran du téléviseur resta noir une seconde ou deux. Je vis le logo KONAMI sur fond blanc suivi du fameux « KONAMI COMPUTER ENTERTAINMENT JAPAN PRESENTS » sur fond noir accompagné du jingle charismatique issu de thème de fin de POLICENAUTS (un autre jeu signé KOJIMA). Je me pris dans la tête cette séquence d’intro d’anthologie sur fond de musique lancinante :
A HIDEO KOJIMA GAME -
ALASKA MER DE BERING -
« L’installation de recyclage d’armes nucléaires de Shadow Moses dans l’archipel FOX en Alaska a été prise d’assaut par les forces spéciales de la deuxième génération dirigées par des membres de FOX-HOUND… » La suite, vous la connaissez.
Ce brief imparable qui avait mit mon sang en ébullition, cette voix sombre et grave qui m’appelait à résoudre une crise politique qui allait éclater à la face du monde. Quelle intro ! On nageait en plein film hollywoodien. Le titre de ce jeu s’étalait maintenant devant mes yeux écarquillés en lettres blanches sur fond rouge :
TACTICAL ESPIONAGE ACTION -
METAL GEAR SOLID -
Prudent et surtout me remettant de ces premières émotions, je laissais mon ami me montrer un peu plus ce jeu qui m'avait interpellé. C'était la fin du tunnel, j'avais quitté le jeu vidéo en pleine guerre SNES Vs. MEGADRIVE, et je revenais comme un vieux combattant sur le champ de bataille. De quoi changer d'opinion sur le monde du jeu vidéo.
Croyez-moi ou pas, j’y ai pris du plaisir parce que devant moi, c’était un véritable film qui se déroulait et qui relatait des rebondissements improbables à travers l’histoire de cet homme s’appelant SOLID SNAKE. Mon pote avait déjà commencé le jeu sans moi, et j’ai eu du mal à comprendre l'intrigue tant elle semblait complexe. Ce que j’ai tout de suite remarqué, c’est ce gameplay incroyable, et surtout le charisme énorme que dégageait le héros qui s’animait devant mes yeux. Ce héros supportait le sort du monde sur ses épaules. Il avait une putain de classe.
J’ai suivi quelques heures durant les périples de ce soldat, son long cheminement à travers le dédale de couloirs et de pièces. J’ai assisté au premier face à face avec Vulcan Raven et son tank géant, ce combat à la « David contre Goliath ». J’ai été le témoin de cette rencontre atypique avec cette femme tout juste sortie de l'enfance qui voulait devenir soldat. Son nom : MERYL. Ensuite ce fut le tour d’un étrange Ninja. Un mystérieux personnage qui avait besoin de souffrir et de se battre pour exister (« Fais Moi Sentir Vivant » sic). Après quelques défaites, Solid Snake arriva à bout du Bio-Ninja. Ce combat aux poings m’a scotché, le ressenti des coups, la force des mots de l'adversaire en plein combat m’ont transpercé l'esprit comme une nouvelle lueur. Une lueur qui allait dans quelques jours éclairait ma vie ludique d’une tout autre lumière que celle que je connaissais déjà. Puis une dernière rencontre a fini de me convaincre de la qualité de ce jeu. J'avais rencontré le patron de tous les ennemis de la planète jeu-vidéo.
Est apparue sur le chemin une silhouette flottante entre le sol et un improbable idéal aérien, qui avait pris le contrôle de l’esprit de Meryl. Et maintenant, c’est à Snake qu’il s’attaquait, il tentait de pénétrait son esprit aussi. Mais c’est là que tout a basculé.
Ce géant tentait par-dessus tout, grâce à ses mots bien choisis, de pénétrer mon esprit, à moi. Et maintenant, ce n’était plus Meryl, celle qui accompagnait Solid Snake qui était en danger mais Meryl, mon amie d’infortune que j’avais rencontrée sur le chemin de ma mission. Ce n’était plus Snake qui était en danger mais moi-même. Tel était le pouvoir insidieux de PSYCHO MANTIS. Tout avait été calculé à la seconde près. Ce boss grâce à quelques idées géniales avait fait fait un pas dans le monde réel. Comme le « truc » de la carte mémoire qui livre tous ses secrets à cet inconnu virtuel, qui par la suite juge mes exploits guerriers, d’après mon évolution dans le jeu. Et surtout celui qui par sa seule force mentale fait bouger la manette de jeu à distance. Sa façon d’être avait envahi mon espace vital. Il avait gagné cette partie. J’étais SI-DÉ-RÉ !
Ce prodige aux allures d’ange déchu relooké par Clive Barker, avait des raisons d’être ce qu’il était. Son lourd passé affectif justifiait ses actes, sa manière de combattre. Son existence même au sein du monde virtuel était justifiée. Des centaines de boss que j'ai rencontrés dans ma vie de joueur, c'est lui qui m'a le plus marqué. PSYCHO MANTIS a été l'élément principal qui ce jour là m'a convaincu qu'un jeu vidéo bien écrit pouvait nous faire vivre de grandes choses. A la manière d'un film, on suivait une histoire palpitante et pleine de rebondissements. Ce jeu vous en avez deviné le titre, c'est METAL GEAR SOLID.
La passion était née de cette rencontre entre moi et Solid Snake. Entre Solid Snake et Psycho Mantis. Enfin, entre moi et Hideo Kojima. La boucle était bouclée car je suis redevenu joueur ce jour là.
Quelques semaines plus tard, j'étais en train d'acheter une console et ce jeu qui avait réveillé en moi cette passion du jeu vidéo qui était profondément endormie. Peut importe ce qu’il allait m’en coûtait, je devais sauver le monde…"
Bien oui, comme vous venez de le lire Metal Gear Solid a changé ma vie de joueur en me redonnant le plaisir de jouer. Ma passion de la narration, issue de ma culture cinéma avait rencontré une vieille graine et s'était mis à germer dans mon esprit.

Au delà, j'ai même décidé quelques temps plus tard d'écrire et de concevoir des jeux tout aussi bon que Metal Gear Solid.

Mais revenons, à notre histoire du jour, ma rencontre, que dis-je, ma fabuleuse rencontre avec Hideo Kojima et Yoji Shinkawa (l'illustrateur et character designer de la série depuis plus de 10 ans maintenant).

D'abord j'ai été surpris par le sourire bon enfant qu'affichait le créateur fétiche. En dépit des centaines d'admirateurs qu'il avait déjà croisés dans la journée, Hideo Kojima vous serre la main et vous sourit avec une véritable sincérité. Bluffé ! Vraiment bluffé par l'attitude exemplaire et enjouée du bonhomme. Attitude qui contrastait grandement avec l'étrange condescendance dont faisait preuve le staff français. Avec cette impression d'être tous des neuneus à leurs yeux. Mais bon, c'est aussi ça le monde du jeu vidéo, des gens qui ne comprendront jamais ce qui vous anime et qui considèrent ce média majeur comme une sous-culture bonne à être vendue par kilo-tonnes à des adulescents attardés.

Merci Hideo Kojima pour votre acceuil chaleureux. Merci Yoji Shinkawa d'avoir éclairé cette journée de votre regard d'enfant (et merci pour la dédicace spéciale que j'ai été le seul à avoir (voir photo)).

THE BEST IS YET TO COME.

See you next infiltrated cowboys !

De gauche à droite, Hideo KOJIMA et Yoji SHINKAWA


Le respect des fans français à la japonaise.


Malgré le monde, toujours un regard attentionné.


Le Premium Pack Japonais encore plus collector !


Comme si dieu m'avait signé la bible ;-)



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