dimanche 6 mars 2011

MQB aka Machine qui Blogue - FINAL MATCH TENNIS - Le meilleur jeu de tennis de tous les temps !

J'ai jamais été fan de sport en général. Et j'aurais même tendance à dire que la majorité des jeux de sports n'arrivent même pas à m’intéresser au sujet. Excepté un vieil amour (perdu ?) pour les simulations de Football Américain (MADDEN, TV SPORTS FOOTBALL), il y'a par contre un sport qui me plaît par dessus tout sur consoles. C'est le tennis avec son gameplay très simple qui souvent recèle des trésors de stratégie. Sur toutes les consoles que j'ai eues, j'ai toujours eu un jeu de Tennis. TENNIS sur NES et sur Game Boy. SUPER TENNIS sur Super Nintendo, ou encore VIRTUA TENNIS 2 sur PS2.

Mais LE jeu de Tennis qui m'a marqué par son réalisme, sa technicité, son gameplay, c'est incontestablement FINAL MATCH TENNIS sur PC Engine. J'ose même affirmer que le jeu de HUMAN sur la petite console de NEC est le meilleur jeu de tennis de tous les temps.



Sorti en 1991, et mijoté par Ryôji AMANO en moins de 3 mois, le jeu de HUMAN ENTERTAINEMENT relève simplement du miracle. Ce jeu a été réalisé par seulement 3 personnes (AMANO San en tant que producteur, LIDA San en tant que Graphiste et TANAKA San comme Sound Designer) avec des connaissances techniques sur le sport à la balle jaune assez limitées. Comment ce jeu est alors devenu la référence du tennis sur les consoles 8-16 bits ? Avec de la passion certainement, et quelques ingrédients magiques dont je vais vous révéler la nature.

A l'époque HUMAN s'est déjà fait connaitre par la série de FIRE PRO WRESTLING et par un jeu très connu sur NEC, FORMATION SOCCER, très bon petit jeu de foot mais qui ne m'a guère plus intéressé que ça au ballon rond en dépit de ses indéniables qualités. AMANO San faisait d'ailleurs parti de l'équipe ayant réalisé ce beau petit jeu de foot. Quelques temps plus tard, HUMAN sous l'impulsion de son dirigeant, Chôshirô SUZUKI demande à ses équipes de se lancer dans la production d'une multitude de nouveaux jeux. Les contraintes imposées se résument à 2 conditions : Développer le jeu en 3 mois avec une équipe réduite (3 personnes). Pas évident même si AMANO a carte blanche pour le contenu de son jeu. Il décide donc de se lancer dans la réalisation d'un jeu de tennis, sport qui à l'époque trouve grâce à ses yeux.

[crédits photo : Florent Gorges / Editions Pix'n Love] Avec l'aimable autorisation de Florent Gorges.
AMANO se souvient alors qu'il se levait en plein milieu de la nuit pour assister aux rares retransmissions des matchs de Roland Garros.

Le plus cocasse c'est que le graphiste, LIDA San, ne sait pas grand chose de ce sport. AMANO se débrouille pour lui trouver des coupures d'articles de presse, et lui montre des cassettes vidéo qu'il a lui même enregistrées. Sans trop se poser de questions sur des droits à l'image, le producteur décide aussi d'utiliser des joueurs prestigieux pour modèles. Encore une fois, c'est grâce à des photos et à des vidéos que le graphiste se lance dans la représentation des joueurs. La petite astuce que trouvera AMANO pour ne pas avoir de problèmes juridiques est de changer légèrement le nom des joueurs qui apparaissent dans FINAL MATCH TENNIS. Ainsi Ivan Lendl devient "Lentol" (RE-n-TO-RU en roma-ji) ou encore notre Henri Leconte national voit son nom transformé en "Luconte" (RU-KO-n-TE en roma-ji). Et on retrouve le subterfuge pour quasiment tous les joueurs. Pour l'anecdote Amano se défend en racontant qu'à l'époque il ne sait pas qui contacter pour obtenir les droits d'utiliser le nom des joueurs réels. Le jeu n'ayant été vendu officiellement qu'au Japon, l'exposition et le risque était à l'époque très limité. De toute façon, il conclut en disant que HUMAN n'aurait pas pu se payer de tels droits et que le subterfuge utilisé pour les noms permettait de ne pas se faire rattraper par les problèmes juridiques. Ce qui me permet de passer à un des points intéressants de ce jeu, la sélection des joueurs.

Concernant les joueurs proposés dans son futur jeu, AMANO s'est fait très plaisir. Les conditions drastiques qu'on lui impose pour réaliser son jeu autorisent le producteur / programmeur à quelques libertés. Et c'est un best-of des plus grands joueurs de tennis des années 80-90 que l'on retrouve de façon (à peine) déguisés. Ainsi se côtoient sur la terre battue, Jimmy Connors, John McEnroe, Bjorn Borg, André Agassi, Boris Becker, Henri Leconte (?), Michael Chang ou encore Stephen Edberg. Le top du top du poil de la balle jaune de notre jeunesse. Et c'est un grand plaisir pour les joueurs trentenaires que nous sommes d'incarner ces légendes du tennis mondial dans un jeu. Je vous laisse d'ailleurs visiter ce lien pour retrouver l'intégralité des joueurs présents dans le jeu d'Amano.

Loin d'être une lubie graphique, Amano se sert de ce casting de rêve pour faire varier le style de jeu des joueurs. Si aujourd'hui ça vous paraît logique, il faut dire qu'à l'époque dans les jeux de tennis, les adversaires ont toujours le même style de jeu, et la difficulté vient du fait qu'ils deviennent plus rapides et plus précis (ce qui est plus simple à programmer). Le génie du producteur de chez HUMAN, c'est de programmer des patterns de jeux très différents et surtout fidèles à la réalité. Ainsi Jimmy Connors tiendra le fond du court avec une constance exemplaire, Michael Chang traverse le court à la vitesse de la lumière, Boris Becker joue très souvent en suivant le modèle "Service puissant, puis montée au filet efficace". On retrouve même les amortis déconcertant de Mc Enroe qui s’échouent juste derrière le filet. Tout ça confère un aspect très réaliste à FINAL MATCH TENNIS, tout comme son gameplay.

Taillé au bistouri, et aiguisé comme un opinel de scout (c'est la première image qui m'est venue, ne cherchez pas plus loin), la jouabilité du jeu d'Amano transpire l'instinctivité. Assez difficile à prendre en main au début, le jeu a quelque chose de rageant. Les balles sortent très souvent du court ou finissent lamentablement leur course dans le filet. Et ce qui vous fait persévérer, c'est qu'on ressent que ce n'est pas la faute du jeu mais un manque de pratique.

Ici tout est question de timing, de placement et finesse de jeu. Passées quelques heures, on commence à placer des balles et à trouver des angles de folie. Quel plaisir alors de croiser puis décroiser ses coups pour faire courir son adversaire sur sa ligne de fond de court. Et encore, je ne vous parle pas du plaisir des passing-shots qui flirtent avec la ligne du côté, où les passing-shots croisés qui passent devant le joueur adverse qui tente une montée vindicative vers le filet.

Pour construire votre jeu, 3 coups essentiels sont à votre disposition. Le coup lifté pour attaquer et augmenter le rythme du jeu, le balle coupée pour au contraire se replacer tout en posant son jeu et le lob pour surprendre les plaisantins qui prennent d'assaut le filet. 3 coups - 3 boutons, et rien de plus. C'est bien suffisant, surtout qu'en combinant le timing, son placement par rapport à la balle, et la croix de direction, on accède à une large palette de coups. Amortis, balles longues et rapides, frappe à plat avec une trajectoire droite, et toute la panoplie des coups au filet comme le smash, les volées lentes ou rapides. L'essentiel pour devenir un champion de la raquette (rien à voir avec un champion de la claquette me direz-vous).

Toutefois la plus grande réussite de ce jeu réside entre les lignes de codes du programme d'Amano. FINAL MATCH TENNIS respire l'instinct, au point que l'on ressent les coups dans ses doigts. Avec un peu d'expérience, on sait tout de suite si les balles vont retomber dans le court ou si c'est le "OUT" quelque peu décevant. Puis on se ressaisit, on se concentre à nouveau et ça repart pour des retours de services assassins et des coups vicieux qui feront perdre les pédales à votre opposant. Et quand on se dit que le jeu a été développé par 3 personnes en 3 mois, retrouver une jouabilité aussi naturelle et riche dans ce jeu de tennis tient du génie. Amano, très modestement affirme avoir aligner les lignes de codes de façon très consciencieuse en essayant d'obtenir le programme le plus proche de ses désirs.

Malheureusement les 3 mois de production se ressentent au niveau des finitions. Des bruitages pas toujours au top, des musiques très quelconques (Tanaka San était alors débutant au poste de Sound Designer). De même, la posture des joueurs avant chaque match prêtent à rire. Le graphiste, Lida San, ne connaissant pas trop le tennis à l'époque a suivi avec plus ou moins de liberté les directives d'Amano concernant les détails de ce sport. Des aveux même, Amano trouve que les opposants ressemblent alors plus à des boxeurs prêts à découdre sur un ring plutôt qu'à des joueurs de tennis qui vont s'affronter sur un court. L’anecdote est plutôt comique. De même Amano regrette avoir oublié un détail important que peu de joueurs auront remarqué. Contrairement au rebond de la balle qui est affecté par la surface du court (terre battue, gazon, ciment), le joueurs eux, courent toujours à la même vitesse et ce quelque soit la surface sur laquelle le match se déroule. Rien de grave, mais on peut comprendre le regret du concepteur. Rien, de grave, faute avouée est à moitié pardonnée et à part le manque de finitions, le contenu du jeu est lui aussi victime du temps de développement réduit.

Question mode de jeu, le menu ne propose que 3 options :

Le mode "EXHIBITION", avec la possibilité de jouer seul face à la machine, ou encore contre un adversaire humain grâce au quintupleur de la NEC. Cet accessoire vous permettra de partager le plaisir de ce jeu à quatre. Par équipe de 2 dans des doubles de folie où les rires et surtout les coups bas pleuvent. Gniark !

Les 4 tournois du World Tour !
Le mode "WORLD TOUR", qui propose d’enchaîner 4 tournois du grand chelem à la suite pour décrocher le titre de champion du monde. Ce mode est assez difficile, puisqu'il n'y a pas de continue et avant de voir la fin du jeu, un écran de "game over" vous conseillera de vous entraîner, de rejouer et de pratiquer encore et encore (secret de la réussite dans ce jeu). Peu de joueurs ont vu l'écran de fin du jeu (votre serviteur est un élu) tellement la difficulté se corse au fur et à mesure des matchs.

Dernier mode, "TRAINING" qui propose de vous entraîner face à canon lanceur de balle. Pas mal d'options et type de frappes à configurer pour apprendre à maîtriser les subtilités du jeu de HUMAN.

Dommage qu'il n'existe pas plusieurs tournois, ou même un mode original comme celui de WORLD COURT TENNIS qui vous fait rencontrer une multitude d’adversaires dans un mode scénarisé.

Allez, tout ça n'est que chipotage de bas étage (la rime, toujours la rime), et pour conclure, admettons que ce manque de finition ou de contenu n'entache en rien la qualité intrinsèque du jeu d'Amano. Étonnant de découvrir qu'après avoir joué à ce jeu des années durant (depuis 1992, lorsque j'avais ma console NEC COREGRAFX) qu'il a été développé en seulement 3 petits mois par une équipe plus que réduite. Ce jeu est un réussite et venir à bout du mode "WORLD TOUR" prouve qu'il est d'une rare technicité. Plus fin qu'un VIRTUA TENNIS (mon second jeu de tennis préféré juste après FMT) et plus logique dans son gameplay que la pluapart des jeux de tennis proposés sur le marché. Ce jeu est une somme, un exploit, un coup de génie sorti de presque nulle part. Mais quel jeu ! Le meilleur de sa catégorie assurément !

L'image de fin du jeu en anglais très approximatif : "Loin Jouer ! Vous êtes nouveau champion du monde !"


Le dernier écran de fin dévoile l'unique "tips" du jeu qui permet d'augmenter le niveau de difficulté des joueurs contrôlés par la console. Comme si le jeu n'était pas assez dur comme ça. Le niveau 5 est juste sur-humain (A l'écran titre, maintenir SELECT + II et faites 4 fois Gauche et 10 fois Droite).

Pour terminer de vous informer sur cet excellent jeu, je vous conseille de vous jeter sur le numéro 5 du mook Pix'n Love (épuisé chez l'éditeur mais encore disponible dans les micromania, Fnac et certains magasins de jeux vidéo) dont l'article sur Final Match Tennis écrit par Florent Gorges m'a beaucoup aidé. Beaucoup d’anecdotes sont issues de ce très bon article.

Je vous donne aussi l'adresse d'un site très complet dédié à FINAL MATCH TENNIS : The site for fans of the best tennis game ever ! Vous voyez que je suis pas le seul à le clamer :-)

Enfin, une autre version de FINAL MATCH TENNIS existe sur la compilation HUMAN SPORTS FESTIVAL (support Super CD-ROM² pour PC ENGINE). Cette version "LADIES" vous permet d'incarner des joueuses au lieu de joueurs. On retrouve tout comme FINAL MATCH TENNIS Hu-Card, des célébrités de l'époque comme Martina Navratilova par exemple.

N.B. : Je suis l'auteur de toutes les photos (sauf la photo de Ryoji Amano par Florent Gorges / Editions PIX'NLOVE) et si vous les utilisez sur votre blog ou site, merci de citer mon blog et de m'envoyer au moins un petit message (promis, je ne mords pas).



2 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est ne pas un subterfuge qui a été utilisé pour les noms des joueurs, c'est juste le systeme japonais de transcription phonétique des noms étrangers.

Excellent article!

Peter Yann a dit…

C'est un subterfuge, parce que même avec les transcriptions, les noms sont quelque peu déformés ... et le but était d'évoquer le nom de joueurs célèbres plus que de les mettre réellement dans le jeu.

Merci pour le compliment !