lundi 25 mars 2013

MQB aka Machine qui Blogue - Interview de Laurent CLUZEL - Chapitre 1 - Des bancs de l'école à Titus !

Retour à l'âge d'or du jeu vidéo, avec l'interview d'un des artisans du jeu vidéo "à la française", Laurent Cluzel. C'est avec gentillesse qu'il a bien voulu répondre à nos questions, avec sincérité et transparence.

Dans ce premier chapitre, Laurent nous parle de ses "Années collège", pour reprendre le titre d'une série qui a bercé notre adolescence, en passant par les beaux-arts, puis des choix qui l'ont conduit à créer des pixels chez TITUS. Le récit est vivant, touchant de franchise et de spontanéité. Laurent, je profite de ces lignes pour te remercier une nouvelle fois et te dire que j'attends la suite de tes réponses avec impatience. A très bientôt.

MQB : Laurent, bonjour, en survolant ta carrière, le premier grand jeu connu sur lequel tu as travaillé remonte à 1989 (Wild Streets). Avant cette date, peux-tu nous raconter ton parcours jusqu'au jour où tu es tombé dans la marmite vidéo ludique et que tu es entré chez TITUS ?

Laurent Cluzel : Au collège, j'étais un bon élève, le fayot, premier de la classe qui heureusement savait bien dessiner, m'évitant d'être le bouc émissaire. Je passe mes journées à dessiner des pages de BD, à jouer dans la forêt derrière chez moi, à regarder la télé et surtout à jouer chez des potes à la CBS (Console de jeux de 2ème génération créée par COLECO et surpassant la VCS 2600 d'Atari en termes de performances) et aux Game & Watch (jeux à cristaux liquides inventés par Nintendo au tout début des années 80).

Au lycée, je suis moins studieux car je passe de plus en plus de temps sur des jeux à cristaux liquide (type Galaxy II) et surtout la Vectrex (console de jeux crée par MB et sortie en 1982. Elle avait la particularité de posséder son propre écran affichant des graphisme vectoriels à la façon des oscillateurs) et je participe à un fanzine dont je réalise les illustrations et les BD.




En 1983, je tombe dans une première marmite, celle de Donjons & Dragons – Révélation ! - de joueur, je deviens rapidement maitre de jeu d'une poignée de camarades d'école, je m'éclate à écrire des scénars, à dessiner des cartes et surtout des monstres.

Jusqu'à l'entrée en fac tout se passe dans le meilleur des mondes, j'acquiers tour à tour un Videopac G7200 (console conçue par Magnavox et commercialisée par Philips pour concurrencer l'atari VCS2600. Cette déclinaison comportait son propre écran noir & blanc) puis un Amstrad CPC 664 (ordinateur qui a succédé au CPC 464 qui utilisait un lecteur de disquettes à la place du lecteur de cassettes plus fastidieux). 
J'obtiens mon bac à l'arrache 11,2/20 mais avec une consolation : un 20/20 en arts plastiques comme candidat libre (anecdote avec le proviseur mais peut-être que ceci est une autre histoire ...)





Bref, sans savoir ce que je veux faire quand je serai grand, grand c'est maintenant, du coup je vais en fac de science, physique chimie car j'y arrive plus facilement que les sciences humaines... et :

- « Le dessin c'est pas un métier, mon fils ».

Première année de Deug A, catastrophique du point de vue des résultats mais au combien riche d'expériences. Sans compter des nuits blanches sur mon CPC mais quasiment plus de partie de Advanced Dungeons & Dragons. Les sciences, c'est pas pour moi, fin de l'année, je me rebelle, je veux faire quelque chose dans l'art. Alors je fais une fac d'histoire de l'art – Erreur - critiquer l'art sans en faire, c'est pas pour moi, trop tard. Bon j'étudie les courants artistiques, une belle découverte, mais suite aux grèves étudiantes de janvier ou février 86, je suis plus souvent dans la rue que dans les amphis. Et je ne reviendrais plus à la reprise des cours, restant à préparer un dossier de BD et d'illustrations car j'ai décidé que je ferai l'école d’Angoulême qui va ouvrir en septembre.

Sélectionné parmi la cinquantaine d'heureux élus qui peuvent passer les épreuves pour tenter d'être parmi les 20 finalistes, je reviens déçu de n'avoir pas décrocher le Graal (Anecdote avec l'école mais ceci est aussi une autre histoire ...)

Alors je reviens sur les facs de Dijon, qu'est ce que je vais faire de ma vie ?
je veux dessiner ça c'est certain :

- « Tu seras prof de dessin mon fils, fonctionnaire c'est pas si mal... »

Bref du coup je me présente aux beaux-arts de Dijon, je passe le concours que je réussi cette fois et me voilà embarqué pour devenir artiste contemporain 5 ans plus tard.

- « Hein ? Stop ! Quoi mais je dois devenir prof de dessin ? Comment non ? Fallait faire fac d'arts plastiques ...euh... »

Trop tard, les dossiers sont clos, et finalement moi ça me va bien les beaux-arts. Grosse claque, je me fais descendre en flammes avec mes dessins de monstres et mes illustrations d'inspiration héroïc-fantasy. Même quand je tente du surréalisme, c'est un coup de pied au derrière :

- « Alors gamin, tu ne sais pas que la peinture est morte, après le carré blanc sur fond blanc de Malévitch c'est fini, l'art n'est plus de faire mais de faire faire. Regarde Christo (qui a emballé le Pont-Neuf à Paris en 1985), ou encore Buren (sculpteur des colonnes du même nom dans la cour du Palais-Royal). »

Je m'accroche, je me lâche, je libère mes fauves et ça marche. Aux beaux-arts, on n'apprend pas à dessiner mais à discourir sur la crotte qu'on vient de balancer sur la toile !

Je continue à jouer et mieux à dessiner sur ordi car j'ai acheté un Atari 520ST (Ordinateur personnel sorti en 87/88 basé sur un processeur Motorola 68000 16/32 bits). Avec Spectrum 512 (un logiciel de dessin sur ST) je me débrouille pas mal à force de passer des dizaines d'heure river sur l'écran Philips qui me crame les rétines. A l'époque, on pirate à mort, on achète des centaines de disquettes surtout depuis que les « 3 pouces et demi » sont là car, avec celles du CPC (au format 3 pouces), il fallait les effacer régulièrement car la disquette vierge valait presque aussi cher qu'un jeu ! Mais bon on en collait dix dessus. Du coup, lors d'une copy-party, des démo-makers (ça rimait avec crackers) me repèrent : « Les réplicants ». Ils me demandent de faire des graphs pour eux. Et en voyant le résultat de leur commande, ils me disent que je devrais envoyer mes travaux aux boites de jeux.




Je regarde sur les canards de l'époque, et là, c'est la révélation :

- « Quoi ? Comment ? On est payé pour dessiner des jeux vidéo ? On peut travailler dans une boite de jeu en France ? Mais ... mais c'est ce que je veux ! »

Je fonce, je redouble d'heures de vol pixelisantes, et je finis par envoyer à la quinzaine de boites françaises une disquette ST bourrée de maquettes de jeux de mon cru, ayant retrouvé la ferveur créative qui m'habitait quand j'étais maître de jeu sur Advanced Dungeons & Dragons.

Les premières réponses arrivent : « Niet » ou alors « Faites un test avec un perso en 16 x 32 pixel dans un décor ... » -  « Blablabla... déception ! » - « Quoi ? je dois faire des tests ? Pas question ! » Je suis vexé, oui à vingt piges on est plus malin que tout le monde, surtout moi !

Normal la vie n'a pas encore eu le temps de vous filer tout le container de baffes qui est là pour vous apprendre l'humilité. J'y crois plus, je reprend mes pinceaux et mes burins et retour à la case artiste contemporain.

Quelques semaines plus tard, un coup de fil (bon à l'époque pas de portable, on m’appelle sur le téléphone de l'école car j'ai même pas de fixe chez moi) :

- « Allo oui c'est bien moi, laurent Cluzel ! »
- « Bonjour je suis Hervé Caen, responsable de Titus, et je vous appelle pour vous proposer un poste de graphiste. »
--- silence ---
- « Euh ? C'est une blague ? »

Un poste de salarié en plus, dans la région parisienne. Je suis sur mon séant

mais j'arrive à dire oui pour un rendez vous dans leurs locaux. A ce moment, commence ma carrière, enfin presque, on est mi-mai et je préfère finir mon diplôme de deuxième année au cas où l'aventure Titus ne fonctionnerait pas. 

Hervé accepte que je ne commence que le 1er juillet mais me montre le jeu sur lequel je travaillerai dès mon arrivée : le projet KNIGHT FORCE !



Interview de Laurent Cluzel à suivre dans notre prochain chapitre : L'envers du décor - Laurent Cluzel parle du milieu des jeux vidéo au début des années 90 !

A très bientôt.


12 commentaires:

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